SOUND AND VISION: BEYOND REASON
“Travailler avec le son me libère la tête. Il en a toujours été ainsi.” — Anne-Mie Van Kerckhoven
La musique pop a accompagné une bonne partie des grandes expériences culturelles que nous partageons avec d’autres et en est une composante essentielle. Le pouvoir de séduction de la musique rock crée l’espace nécessaire pour dépasser les frontières de la représentation, du langage et de la maîtrise. Les artistes de ‘Sound and Vision: Beyond Reason’ explorent les croisements entre la musique, le cinéma contemporain, la vidéo et l’art post-conceptuel. ‘Sound and Vision: Beyond Reason’ n’organise pas des rencontres entre des terrains bien délimités de la production culturelle (musique et art plastique), mais entend plutôt démonter l’autonomie de l’art plastique, de la musique et du cinéma et remettre en question les identités singulières du plasticien, du musicien et du cinéaste. L’exposition est plus qu’un exercice de juxtaposition, de traduction ou de transposition; elle offre une matrice complexe de sons, d’images, de signaux, de bruits et de sens.
Les composantes structurelles de la vidéo et du film – lumière, son, mouvement et optique – ne peuvent prendre un sens qu’à travers le corps humain et la conscience. Cela est valable pour tous les médias. Les musiciens de rock tentent de transformer des expériences et d’élargir l’état de conscience (songez à la musique psychédélique). Ils combinent pour cela un travail corporel et conceptuel. Cette musique a toujours été très physique, au point que le ‘rock-‘n’-roll’ est devenu un euphémisme du sexe. Le credo mythique de la musique rock est celui de la liberté et de la rébellion, et par extension de l’utopie. Malcolm McLaren dit à ce propos: “Aussi superficielle la musique pop paraisse-t-elle à certains sur base de son origine (crime organisé, jeunes rebelles), elle continue à nous étonner, à nous déranger et toucher quelque chose de très profond en nous tous, le désir d’exercer une influence sur la culture et, si ce n’est que pour un instant seulement, sur la vie même.”1
L’accumulation de savoir, d’émotion et d’expérience corporelle dans l’art, la musique et le film peut dépasser les frontières du langage et de la science. Dans une biennale de l’image mouvante, surtout quand l’espace architectural de la ville y joue un rôle central, ces concepts peuvent déboucher sur un forum de la construction sociale de l’espace. Là où l’image et le son se rencontrent, les limites de la transformation culturelle sont poussées en avant, par exemple dans la manière dont nous utilisons les excès du corps humain pour radicaliser des pratiques sociales.
1 — Malcolm McLaren
Musical Paintings. Zurich: JRP Ringier, 2009, 5.